Soierie Meuble d'étoffe destiné au grand salon de Joséphine Bonaparte au château de Saint-Cloud

Numéro d’inventaire
GMMP 139/001
Auteurs
Camille Pernon
Année de conception
1802 - 1804
Style
Directoire - Consulat
Types
Tissu précieux, Textile
Époque
Consulat (1799-1804)
Matières
Fils d’or et d’argent, Textile, Soie
Dimensions (h × l × L)
100 x 0 x 58 cm
Description
Dépècement de tenture. Fond bleu damassé broché argent, à couronnes de myrte et de lierre.
Historique
À la suite d'un séjour à Lyon, du 11 au 17 janvier 1802, au cours duquel il visite les manufactures du quai Saint-Clair (Théoleyre et Dutilleux), Bonaparte décide d'encourager les manufactures de Lyon, privées d'activité pour le Garde-meuble depuis septembre 1792. Il commande un ameublement complet pour le château de Saint-Cloud à Camille Pernon (1753-1808), dont un meuble en brocart argent fond bleu, à courant de marguerites et rinceaux d'écossés, pour le grand salon de Joséphine.
Duroc, gouverneur du palais, fait savoir à Fontaine, le 19 prairial an X (8 juin 1802), la nécessité de hâter les travaux qui restent à faire concernant les peintures et les dorures. Prévoyant que les étoffes de Lyon ne pourront être prêtes à temps, il recommande de couvrir plutôt les murs avec des tableaux, des tapisseries des Gobelins et des étoffes déjà présentes au Garde-meuble.
Comme le prévoyait Duroc, les étoffes commandées sont livrées après l'installation du couple consulaire à Saint-Cloud. Expédiées du 5 prairial an XII au 9 brumaire an XIII (25 mai au 31 octobre 1804) et enregistrées au Journal du Garde-meuble de 1806, sous les numéros 400 à 479, elle demeurent au Garde-meuble en attente d'autres affectations.
L'emploi en est envisagé dès 1805 au palais des Tuileries : par décret de l'empereur du 11 germinal an XIII (1er avril 1805), l'appartement de l'impératrice au rez-de-chaussée est augmenté d'une antichambre et de deux salons. Une nouvelle décoration est alors demandée. Calmelet, administrateur du Mobilier impérial, insiste pour que le décor du deuxième salon, ou grand salon, et notamment de la corniche, des portes et des lambris, soit mis en harmonie avec "la richesse de l'ameublement qui est d'une étoffe de Lyon, très riche de brocart bleu or et argent", mais la dépense nécessaire est jugée trop élevée.
Ce n'est qu'au budget de 1808 que sont compris le décor et l'ameublement de l'appartement de l'impératrice. Joséphine demande que le tapissier Boulard en soit chargé. Elle souhaite aux murs des boiseries peintes sans tenture et, pour les rideaux et les meubles, commandés à Jacob Desmalter, des étoffes en cramoisi ou nacarat. Par souci d'économie, c'est pourtant le brocart argent fond bleu qui est utilisé.
L'ensemble est livré le 2 juin 1809 au palais des Tuileries, comprenant six pièces de tenture, quatre portières, une grande draperie, deux rideaux de croisée, un grand canapé, six fauteuils, vingt-quatre chaises et deux tabourets de pieds.
Il y reste après la chute du Premier Empire.
Sous la Restauration, l'ancien appartement de l'impératrice devient celui de la duchesse d'Angoulême. Pour des raisons d'étiquette, le mobilier est retiré, vendu en 1826 et remplacé par trente ployants que le tapissier Flamand recouvre du brocart argent fond bleu.
De nombreux éléments de cet ensemble sont conservés dans les collections du Mobilier national :
- GMMP 139 (tenture) ;
- GMMP 140 (couronnement de tenture) ;
- GMMP 141 (bordure transversale de tenture) ;
- GMMP 142/1 (bordure montante de tenture) ;
- GMMP 142/2 (bordure de siège) ;
- trois chaises couvertes de ce tissu.
A propos de l'auteur
Camille Pernon (03 novembre 1753 - 03 décembre 1808)
En 1771, Camille Pernon fait ses débuts dans l'entreprise familiale fondée en 1680 par son arrière-grand-père. Grand fabriquant négociant de soieries, il est aussi reconnu comme ambassadeur de la Grande Fabrique auprès des pays européens. Il réalise des décors pour Marie-Antoinette et Louis XVI, mais aussi pour des puissantes cours en Europe. Il a collaboré avec François Grognard, Philippe La Salle, ou Joseph-Marie Jacquard qui fait ses premiers essais sur les métiers de la manufactures de Pernon.
A la fin du XVIIIe et au début du XIXe, Camille Pernon travaille avec des grands noms de la décoration, comme Jean-Démosthène Dugourc, Alexandre-Théodore Brongniart, Nanteuil, ou la maison Bouvard. Pernon devient le principal fournisseur des soieries du Consulat et du début de l'Empire, Napoléon le considère comme le "meilleur à Lyon". Il réalise notamment des ensembles pour Saint-Cloud.
Dès 1806, Pernon reçoit une grande commande de décors pour le futur palais de Versailles. Cependant, accusé de fabrication non-conforme, ce scandale l'oblige à se retirer en 1807. Il cède sa manufacture aux frères Grand.
Bibliographie
Joannis, Claudette (1940-....) ; Pincemaille, Christophe (1960-....) ; Verzier, Philippe , Soies tissées, soies brodées chez l'impératrice Joséphine : [exposition, Rueil-Malmaison, Musée national des Châteaux de Malmaison et Bois-Préau, 23 octobre 2002-17 février 2003], Paris, Réunion des musées nationaux, 2002, 77 p., p.21
Dumonthier, Ernest (1863-19..) ; Masson, Frédéric (1847-1923), Étoffes d'ameublement de l’Époque napoléonienne, Paris : Charles Schlid, 1909., p.pl. 4
Thierry Sarmant, Palais disparus de Napoléon : Tuileries, Saint-Cloud, Meudon : [Exposition, Paris, Galerie des Gobelins, 15 septembre 2021 au 15 janvier 2022], Paris : In fine, 2021., p.172-175
Algoud, Henri , Exposition rétrospective des soieries du Mobilier national et salon d'honneur : [exposition internationale urbaine de Lyon 1914], Paris, Berthaud frères, 1914, n.p. p., p.4
Loan exhibition of tapestries carpets and silk fabrics from Mobilier national : [exhibition, London, Victoria & Albert museum, july-november 1912], London, His Majesty's stationery office, 1912, 9 p.
-Les Fastes du pouvoir, cat. exp., Paris, 2007
-Coural (Jean), Gastinel-Coural (Chantal), Paris, Mobilier national. Soieries Empire, 1980, cat. 1, p. 38-43
-Sarmant (Thierry) (dir.). Palais disparus de Napoléon : Tuileries, Saint-Cloud, Meudon. [Exposition, Paris, Galerie des Gobelins, 15 septembre 2021 au 15 janvier 2022], Paris : In fine, 2021, p. 324.