- Description
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Dépècement de tenture. Fond bleu damassé broché argent, à couronnes de myrthe et de lierre.
- Historique
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Afin d'encourager les manufactures de Lyon en l'an X (1802), le Premier consul commande un ameublement complet pour le palais de Saint-Cloud à Camille Pernon (1753-1808), dont un meuble en brocart argent fond bleu, à courant de marguerites et rinceaux d'écossés, pour le grand salon de Joséphine.
Duroc, alors gouverneur du palais, fait savoir à Fontaine la nécessité de hâter les travaux qui restent à faire concernant les peintures et les dorures, de manière à pouvoir bientôt y installer les tentures et les meubles. Comme le prévoyait Duroc, les étoffes commandées sont livrées après l'installation du couple consulaire au palais et demeurent au Garde-meuble en attente d'autres affectations.
Ce brocart est finalement utilisé en 1808 au palais des Tuileries dans le deuxième salon, ou grand salon, de l'impératrice Joséphine. L'emploi pour cette pièce en avait été envisagé dès 1805 : par décret de l'empereur du 11 Germinal an XIII (1er avril 1805), l'appartement de l'impératrice au rez-de-chaussée du palais des Tuileries est augmenté d'une antichambre et de deux salons. Une nouvelle décoration est alors demandée. Calmelet, administrateur du Mobilier impérial, insiste pour que le décor du grand salon, et notamment de la corniche, des portes et des lambris, soit mis en harmonie avec "la richesse de l'ameublement qui est d'une étoffe de Lyon, très riche de brocart bleu or et argent". En 1808 pourtant, Joséphine émet des voeux pour la conduite de la décoration du salon et souhaite que ce soit le tapissier Boulard qui en soit chargé. Malgré sa demande (des étoffes en cramoisi ou nakarat), c'est bien le brocart argent fond bleu qui est utilisé. Le mobilier de ce salon est de Jacob-Desmalter. L'ensemble est installé en 1809 au palais des Tuileries et y reste après la chute du Premier Empire. Pour des raisons d'étiquette, le mobilier est retiré sous la Restauration, vendu en 1826 et remplacé par trente ployants que le tapissier Flamand recouvre de brocart argent fond bleu.
De nombreux éléments de cet ensemble sont conservés dans les collections du Mobilier national :
- GMMP 139 (tenture) ;
- GMMP 140 (couronnement de tenture) ;
- GMMP 141 (bordure transversale de tenture) ;
- GMMP 142/1 (bordure montante de tenture) ;
- GMMP 142/2 (bordure de siège) ;
- trois chaises couvertes de ce tissu.
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A propos de
l'auteur
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Camille Pernon (03 novembre 1753 - 03 décembre 1808)
En 1771, Camille Pernon fait ses débuts dans l'entreprise familiale fondée en 1680 par son arrière-grand-père. Grand fabriquant négociant de soieries, il est aussi reconnu comme ambassadeur de la Grande Fabrique auprès des pays européens. Il réalise des décors pour Marie-Antoinette et Louis XVI, mais aussi pour des puissantes cours en Europe. Il a collaboré avec François Grognard, Philippe La Salle, ou Joseph-Marie Jacquard qui fait ses premiers essais sur les métiers de la manufactures de Pernon.
A la fin du XVIIIe et au début du XIXe, Camille Pernon travaille avec des grands noms de la décoration, comme Jean-Démosthène Dugourc, Alexandre-Théodore Brongniart, Nanteuil, ou la maison Bouvard. Pernon devient le principal fournisseur des soieries du Consulat et du début de l'Empire, Napoléon le considère comme le "meilleur à Lyon". Il réalise notamment des ensembles pour Saint-Cloud.
Dès 1806, Pernon reçoit une grande commande de décors pour le futur palais de Versailles. Cependant, accusé de fabrication non-conforme, ce scandale l'oblige à se retirer en 1807. Il cède sa manufacture aux frères Grand.
- Bibliographie
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Joannis, Claudette (1940-....) ; Pincemaille, Christophe (1960-....) ; Verzier, Philippe , Soies tissées, soies brodées chez l'impératrice Joséphine : [exposition, Rueil-Malmaison, Musée national des Châteaux de Malmaison et Bois-Préau, 23 octobre 2002-17 février 2003], Paris, Réunion des musées nationaux, 2002, 77 p., p.21
Thierry Sarmant, Palais disparus de Napoléon : Tuileries, Saint-Cloud, Meudon : [Exposition, Paris, Galerie des Gobelins, 15 septembre 2021 au 15 janvier 2022], Paris : In fine, 2021., p.172-175
Les Fastes du pouvoir, cat. exp., Paris, 2007
Coural (Jean), Gastinel-Coural (Chantal), Paris, Mobilier national. Soieries Empire, 1980, cat. 1, p. 38-43