- Description
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Tapis pour la chapelle de la Vierge au Panthéon
Au centre, grand médaillon or portant un A et un M entrelacés et entourés d'étoiles, barré par un phylactère portant l'inscription "Gratia Plena", entouré de deux anges sortant de gaines, l'un en prière, l'autre tenant en encensoir. Au-dessus du médaillon, un sacré-coeur posé sur un tapis rouge portant une croix.
Au dessus des rinceaux rose, des guirlandes de roses, de lys et de pivoines sur fond clair entourant un médaillon or, orné d'une étoile. En bas, l'ange Gabriel incliné comme au jour de l'Annonciation, frise des grecques, des guirlandes de térébinthes disposées en festons. Bordure droite, imitation de boiseries de type parclose, sur fond jaune.
- Historique
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Cette pièce appartient à l'une des trois tentures de tapis muraux exécutée par la manufacture de Savonnerie sous l'impulsion d'Alfred Darcel (1818-1893), administrateur de la manufacture nationale de tapisserie des Gobelins et de tapis de la Savonnerie de 1871 à 1885. Afin de relancer l'activité de la Savonnerie, qui menace de décroitre à partir de 1874, Darcel la réoriente vers la décoration murale, jugée plus prestigieuse et moins fragile. Cette politique voit la production d'une tenture pour l'église Sainte-Geneviève (1875-1884), d'une seconde, jamais mise en place, pour le salon des Tapisseries du palais de l'Élysée (1879-1889), puis d'une troisième pour le vestibule du cabinet de l'administrateur de la Bibliothèque nationale, dans l'hôtel Tubeuf (1882-1895), avant d'être mise à l'arrêt par Édouard Gerspach (1833-1906), qui succède à Darcel au poste d'administrateur en 1885.
La tenture pour Sainte-Geneviève prend place dans le vaste programme de décor intérieur, initié en 1874 par Philippe de Chennevières (1820-1899), directeur des Beaux-Arts, pour le bâtiment de Soufflot, rendu au culte depuis 1852, et qui sera désaffecté pour devenir un temple à la gloire des grands hommes en 1885. En plus du vaste cycle peint encore en place, consacré à trois souverains (Clovis, Charlemagne et Saint-Louis) et à trois figures chrétiennes liées à la monarchie (saint Denis, sainte Geneviève et Jeanne d'Arc), Chenevières commande à Darcel deux grands tapis muraux, devant prendre place l'un derrière l'autel de Sainte-Geneviève (bras gauche du transept), l'autre derrière l'autel de la Vierge (bras droit du transept). C'est le seul chantier de décor religieux auquel la manufacture nationale, Savonnerie et Gobelins confondus, prend part durant la Troisième République.
Les dessins sont confiés en 1874 à Charles Lameire (1832-1910). Afin de limiter les coûts, Darcel demande deux modèles semblables, où l'ornement domine, et qui diffèrent seulement par la couleur des fonds et quelques détails. Lameire propose finalement des motifs figuratifs individualisés.
Il rend tout d'abord les deux soubassements à lambrequins, dans lesquels il différencie déjà les guirlandes de feuilles de chêne sur fond rouge évoquant "les vertus civiques de la patronne de la France" pour l'autel de sainte Geneviève (GOB 1077/1) et les guirlandes de feuilles de cèdre sur fond vert "pour symboliser l'incorruptibilité de la mère du Sauveur" pour l'autel de la Vierge (GOB 1077/2).
En décembre 1876, Lameire soumet le projet dessiné pour l'autel de sainte Geneviève ("Pro Patria"). Un contrat signé le 31 janvier 1877 porte sur l'exécution du modèle pour ce tapis mural, de 7,20 m de hauteur sur 4 m de largeur, qui doit être achevé dans un délai de trois mois et est finalement livré à la manufacture à la fin du mois de juillet 1877 (GOB 1075/1). Le tissage de ce premier tapis mural se déroule de 1877 à 1882 (GOB 1342).
Lameire s'attelle ensuite à la maquette du second tapis mural, destiné à l'autel de la Vierge ("Gratia Plena"), qui donne également lieu à un carton peint de dimensions similaires, livré en 1879 (GOB 1076/1). Le tissage de ce second tapis mural se déroule, pour partie en parallèle du précédent, de 1879 à 1884.
Le tapis mural "Gratia Plena" est tissé en trois parties : la première correspondant au soubassement avec le lambrequin, achevée le 30 novembre 1878 (MM6463, n.p., n° 1328), les deux suivantes correspondant à la partie principale, achevées le 30 septembre 1883 puis le 28 janvier 1884 (MM6463, n.p., n° 1343 et 1344). Cette division du travail correspond à une demande de Darcel qui, dès 1876, engage Lameire à concevoir les panneaux de façon à ce que la partie supérieure puisse être divisée à mi-hauteur et exécutée concomitamment sur deux métiers, afin d'occuper un maximum d'artistes tapissiers à l'exécution d'une même tenture, et d'en accélérer l'achèvement. Les liciers ayant participé sont : Sonveaux, Courtot, Mathieu, Jacquelin, Fillette, Puiseux, Chaussey, Desclefs, Malinet, Mathieu, Ampenot, Desmedt, Deluzenne, Tabellion, Carmont, Brulefert, Fromage.
Les trois parties sont réunies en 1884 (MM6463, n.p., n° 1346). Affecté au Panthéon par arrêté ministériel du 3 janvier 1877, le tapis mural est envoyé sur place, en même temps que son pendant, le 12 décembre 1884.
De ce second tapis mural sont conservés deux cartons peints, l'un pour le soubassement (GOB 1077/2), l'autre, en deux parties, pour la partie principale (GOB 1076/1), ainsi que le tapis lui-même (GOB 1346).
- Bibliographie
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Zané Purmale, Du plancher aux cimaises : des tapis pour les murs ? La manufacture de la Savonnerie et le décor mural officiel sous la Troisième République (1870-1890) in Revue de l'art, Paris : [Comité français d'histoire de l'art], 2021-1, p. 56-71, p.60-62
Sources:
-Archives du Mobilier National, G382, Savonnerie, Registre de fabrication des tapis (1878-1990), f° 4-6.
Bibliographie:
-Philippe de Chennevières, "Souvenirs d'un directeur des Beaux-Arts. Les décorations du Panthéon, V", L'Artiste, janvier 1885, p. 7-9.
-Purmale (Zané). Du plancher aux cimaises : des tapis pour les murs? La manufacture de la Savonnerie et le décor mural officiel sous la Troisième République (1870-1890). in Revue de l'art, 2021-1, n°211, p.56-71.